La Proposition de Taxe sur le Vape en France et l’Interdiction des Ventes en Ligne Provoquent un Tollé
Le gouvernement français fait face à une forte opposition de la part des vapoteurs, des professionnels de santé et des commerçants concernant de nouvelles réglementations qui aligneraient davantage les cigarettes électroniques sur le tabac traditionnel. L’article 23 du projet de loi de finances pour 2026 prévoit une nouvelle taxe sur les e-liquides, une interdiction totale de la vente en ligne de produits de vape, ainsi qu’un contrôle administratif renforcé pour les boutiques de vape, les plaçant sous l’autorité des douanes, comme les bureaux de tabac.
La taxe proposée, prévue pour entrer en vigueur au printemps 2026, ajouterait un droit d’accise de 0,03 € par millilitre pour les e-liquides contenant jusqu’à 15 mg/ml de nicotine, et 0,05 € par millilitre pour ceux dépassant cette concentration. Cela augmenterait le prix d’un flacon standard de 10 ml de 30 à 50 centimes, avec pour objectif déclaré de générer 150 à 200 millions d’euros par an pour l’État. Cependant, la mesure la plus significative est l’interdiction totale de la vente de tous les produits de vape sur Internet, un canal qui représente actuellement environ un quart à un tiers des ventes de vape en France.
L’industrie indépendante de la vape en France, qui s’est développée largement en dehors des grands groupes du tabac, avertit que ces mesures pourraient être dévastatrices. La Fédération Interprofessionnelle de la Vape (Fivape) estime que l’interdiction des ventes en ligne pourrait entraîner la suppression de 3 000 emplois, avec jusqu’à 20 000 emplois directs et indirects menacés au total. Jean Moiroud, président de la Fivape, a lancé une pétition contre l’article 23, qui a rapidement récolté plus de 200 000 signatures, démontrant une forte opposition du public à l’idée d’assimiler le vapotage au tabagisme.
Cette initiative législative intervient alors que le consensus médical en France penche de plus en plus en faveur de l’utilisation de la cigarette électronique comme outil réglementé de sevrage tabagique. En octobre, la Société francophone de tabacologie a publié un consensus concluant que le rapport bénéfice/risque du vapotage est positif pour les fumeurs. Des études récentes confirment cette position, notamment une étude de 2025 dans les Annals of Internal Medicine révélant que 29 % des vapoteurs ont arrêté de fumer en six mois, contre moins de 10 % utilisant des substituts traditionnels. Le pneumologue Bertrand Dautzenberg a résumé la position médicale : « Pour un fumeur, la cigarette électronique est utile. Pour un non-fumeur, elle est inutile », la présentant comme un outil de réduction des risques plutôt qu’une porte d’entrée vers le tabac.
La taxe proposée a rencontré des obstacles politiques. Fin octobre, la commission des finances a adopté un amendement visant à supprimer la taxe sur les e-liquides pour 2026, arguant qu’une directive européenne n’impose une taxe minimale qu’à partir de 2028. Toutefois, l’interdiction de la vente en ligne a été maintenue. L’avenir du projet de loi reste incertain alors qu’il poursuit son parcours législatif. Cette approche contraste avec celle du Royaume-Uni, qui a activement encouragé le vapotage pour arrêter le tabac, allant jusqu’à distribuer des cigarettes électroniques gratuitement aux fumeurs. Les données françaises de l’enquête ESPAD 2024 contredisent également l’argument de « l’effet passerelle », montrant une baisse spectaculaire du tabagisme quotidien chez les jeunes de 16 ans, passant de 12 % à 3,1 % entre 2019 et 2024, tandis que les taux de vapotage sont restés stables autour de 5,8 %.
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